Yves-André Istel, actuel vice-président de Richemont, va s'asseoir dans le siège de Johann Rupert pendant quelques mois. Rien d'alarmant toutefois: le patron sud-africain «a seulement envie de voyager, de jouer au golf, de lire des livres», explique Alain Grieve, porte-parole du groupe de luxe.
Un duo pour piloter Richemont
Pendant quelques mois, le numéro 2 supervisera donc la bonne marche de l'entreprise. La barre opérationnelle du navire devrait elle être entre les mains du duo Bernard Fornas - Richard Lepeu, les deux co-CEO nommés voici quelques mois.
L'annonce intervient alors que les résultats du groupe pour l'exercice 2012-2013 clos au 31 mars sont excellents. Le patron et actionnaire majoritaire part donc l'esprit tranquille.
Le chiffre d'affaires a progressé de 14% par rapport à 2011-2012 à 10,1 milliards d'euros. Le résultat d'exploitation du groupe a grimpé de 18% sur un an à 2,4 milliards d'euros.
Ces dernières années, d'autres capitaines d'industrie ont choisi de prendre du champ. Une possibilité offerte et parfois encouragée dans nombre d'entreprises suisses, aussi bien pour les dirigeants que pour les cadres.
De l'Himalaya à l'Australie pour se dépayser
Le retrait d'un patron a toutefois souvent plus d'impact que le départ d'un collaborateur parmi d'autres. Que ce soit en terme d'image, de relationnel externe, de choix stratégiques aussi.
«Je venais de traverser cinq années de travail très intense à la tête de la compagnie et j’avais complètement négligé ma vie privée. Selon une amie, j’étais au bord du burn-out. Alors j’ai fait le grand saut. Mon projet? Relier Lhassa à Katmandou à mountain bike avec des amis», précise Julian Cook, fondateur de Flybaboo.
L'Himalaya, c'est aussi la destination choisie par le Valaisan Patrick Z'Brun, fondateur de Techron, pendant son congé sabbatique. «Je voulais réfléchir à mon avenir. Mais, surtout, réaliser un rêve d'enfant: gravir l'Everest», précise celui qui, à son retour, a pris en main les Vins des chevaliers à Salquenen (VS).
«Continuer à exister dans l'esprit des membres du réseau»
S'exiler aux antipodes et s'offrir ainsi une vraie coupure géographique est souvent une recette choisie par les patrons qui s'octroient un congé sabbatique. La Fribourgeoise Marie-Claude Limat, fondatrice de Transition professionnelle, a mis le cap sur l'Australie avec sa famille. Le Français Denis Ranque (Thales) a lui vu son tour du monde à la voile interrompu par sa nomination à la tête du conseil d'administration d'EADS.
«Le voyageur reste ainsi au courant des changements et des événements dans son pays d’origine. Et il continue à exister dans l’esprit des membres de son réseau», expliquait voici quelques mois à Bilan Edna Didisheim, psychologue du travail et conseillère en management à Lausanne.
Revenir plus fort aux affaires
D'autres n'embarquent pas pour l'aventure mais se contentent de souffler. A l'instar de Johann Rupert, François Gabella, patron de LEM, a ainsi appris à jouer de la batterie. Henry-John Belmont (Jaeger-LeCoultre) a profité de ce break pour lire Freud et Jung.
Au sortir de la double aventure Blancpain et Omega, Jean-Claude Biver s'est autorisé une pause en 2003. Avant de replonger quelques mois plus tard chez Hublot... et de connaître le succès au printemps 2005 avec le modèle Big Bang.
Enfin d'autres mettent à profit les quelques mois de relâche pour acquérir de nouvelles compétences. Rudi Bogni, avant d'être patron de UBS Private Banking, a pris une année sabbatique aux Etats-Unis afin de parfaire ses connaissances dans les instruments financiers.
Se ressourcer et apprendre
Dans le même état d'esprit, Patrick Aebischer, à la tête de l'EPFL depuis treize ans, passera le relais à Philippe Gillet, actuel vice-président pour les affaires académiques pendant un semestre, d'août 2013 à janvier 2014. Son objectif: mettre à profit ces six mois pour se plonger dans les enjeux et défis de l'éducation en ligne.
Comme quoi le congé sabbatique n'est pas toujours une coupure franche avec sa branche. Et Leonardo DiCaprio? Certains de ses proches confient déjà qu'il va lire la masse de scenarii qui lui sont soumis. Coupure? Vraiment? (Newsnet)
Créé: 17.05.2013, 14h21
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