Thursday, July 18, 2013

«Cela fait vingt-huit ans que je travaille pour Vale»

«Cela fait vingt-huit ans que je travaille pour Vale»

Depuis le début du mois de juillet, Fidel Blanco est le nouveau président du centre d’affaires vaudois de Vale International SA Pour 24 heures, le nouveau président du conseil d’administration de Vale (VALE 14.35 2.94%) International SA, Fidel Blanco, aborde sa longue carrière au service du géant minier et évoque les défis qui attendent son groupe. Entretien.

Comme votre prédécesseur, Renato Neves, qui a passé 48 ans chez Vale, Vous y avez aussi fait une grande partie de votre carrière…
- Effectivement, j’ai débuté chez Vale comme stagiaire en 1985, à la fin de mes études. Cela fait 28 ans que je travaille pour cette société.

Faut-il être un homme du sérail pour accéder aux plus hautes sphères?
- Pas forcément, mais cela peut aider. Vale investit beaucoup sur ses employés et a mis en place une forme de système méritocratique. Il n’est certes pas parfait, notamment parfois pour des questions de subjectivité, mais il offre des opportunités intéressantes.

Selon vous, est-ce une faiblesse ou un atout de faire l’ensemble de sa carrière au sein de la même société?
- Il y a des pour et des contre. Mais je pense qu’il y a quand même plus d’avantages. En termes d’opportunités, travailler dans une multinationale comme Vale permet d’enchaîner des postes très différents, de travailler dans plusieurs pays et d’être confronté à des cultures très diverses. Bien connaître l’ADN de sa société, en maîtriser les rouages compte aussi. Enfin, il faut rappeler qu’à mon époque il était normal de rester dans la même entreprise, contrairement à aujourd’hui, où il est plus courant de changer de sociétés à la recherche de nouveaux challenges.

Pour la première fois en dix ans, vous boucliez le dernier trimestre 2012 sur une perte de plus de deux milliards de dollars. Comment percevez-vous l’état du marché des matières premières?
- Je suis très optimiste en ce qui concerne le minerai de fer, parce qu’on ne constate pas de réduction de la demande. Bien au contraire, nous sommes confrontés à une croissance continue. Nos mauvais résultats en fin d’année étaient essentiellement liés à la volatilité importante du prix du fer qui est passé de 150 à 88 dollars, avant de se reprendre. Son effet a été passager, puisque Vale affiche un bénéfice net de 3,1 milliards pour le premier trimestre 2013.

Le ralentissement progressif de l’économie chinoise est-il une source d’inquiétude pour vous (45% du fer extrait par Vale est destiné à la Chine)?
- Il a beaucoup de spéculations sur la Chine en ce moment. Or globalement, même si sa croissance diminue effectivement, elle reste très haute par rapport au reste du Monde. Et sur les 1,3 milliard d’habitants beaucoup vivent encore en milieu rural de façon très primaire. Ils auront besoin un jour d’infrastructures, de bus, de voitures… et donc d’acier (à base de fer, ndlr). Cette tendance concerne d’ailleurs l’Asie dans son ensemble.

Vale est-il aujourd’hui trop dépendant du fer (90% de ses ventes)?
- Si l’on regarde les prévisions actuelles pour le secteur, je dirais qu’heureusement oui. La politique centrale de Vale ces dernières années est de se concentrer sur ses points forts tant en expérience qu’en termes des techniques utilisées dans le secteur. Et la chose essentielle pour une entreprise minière, ce sont ses réserves. Au mois de juin, Vale a estimé avoir pour 19 milliards de réserves de fer.

Pourtant vous avez récemment acheté une mine de cuivre…
- Nous avons effectivement reçu la licence d’exploitation en 2012 pour Salobo mine située dans l’État du Pará, au Brésil. Notre attention se porte aujourd’hui essentiellement sur le fer, le charbon, le nickel, le cuivre et les fertilisants. Mais nous ne renonçons pas à d’autres opportunités dans l’hypothèse où certaines conditions sont remplies. Dans le domaine minier, pour rester compétitif, il est important d’avoir de bonnes réserves, de bonnes infrastructures, un bon système logistique, ainsi qu’un bas coût d’extraction.

Alors qu’une grande partie de vos métaux sont destinés à l’Asie, en quoi est-ce vraiment utile pour Vale d’avoir un centre d’affaires en Suisse?
- Si la Chine est importante pour Vale, nous ne pouvons pas oublier le marché européen sur lequel, par exemple, nous fournissons annuellement environ 50 millions de tonnes de minerai de fer, soit 15% de notre production totale. Pour l’Europe, la Suisse est géographiquement bien positionnée, étant à une 1 h – 1 h 30 des grandes capitales. Le constat est identique en ce qui concerne notre travail de coordination internationale. Notre site de Saint-Prex est un business center qui regroupe différents départements tels que le développement des ventes et du marketing, la gestion des risques, les ressources humaines, la communication, etc.

Le potentiel départ de multinationales comme la vôtre est souvent évoquée si les conditions fiscales devenaient moins favorables en Suisse… Mais sauf erreur, vous êtes plus ou moins contraint de rester au moins jusqu’en 2025, au vu des exonérations fiscales reçues depuis 2005?
- C’est difficile à commenter. Il s’agit de votre interprétation. En théorie, il existe en principe des clauses spécifiques aux multinationales bénéficiant d’allégements fiscaux. Ce que je peux vous dire aujourd’hui, c’est que nous sommes satisfaits des accords actuels et que nous sommes toujours contents d’être là.

Et qu’en est-il des accusations faites à votre encontre par la Déclaration de Berne d’utiliser votre centre d’affaires de Saint-Prex pour rapatrier en Suisse des profits réalisés dans d’autres pays (soit 40% des bénéfices totaux du groupe réalisés entre 2006 et 2009) et payer ainsi beaucoup moins d’impôts?
- Vale est une entreprise responsable qui respecte les législations de prix de transfert applicables et ne transfère pas de bénéfices ou ne prive pas les pays de recettes fiscales.

En 2012, la Déclaration de Berne et Greenpeace suisse vous ont décoré du Public Eye People’s Award, un prix distinguant la «pire société au monde»… - C’est très facile de critiquer. Mais il est vrai que l’industrie minière a de manière générale une très mauvaise image. Le problème est double. Il y a en premier un manque très clair d’informations spécifiques au secteur et le second il y a une tendance à tous nous mettre dans le même sac. Or il y a des sociétés minières très sérieuses et actives dans le développement durable.

Vale en fait partie?
- Oui et je vous l’affirme avec toute ma sincérité, les yeux dans les yeux, je ne connais pas d’entreprise minière qui en fasse autant pour le développement durable que Vale. Il y a 28 ans déjà, avant même que l’écologie devienne une mode, nous avons mis en place une politique durable.

Rien que l’année passée, nous avons investi 1,2 milliard dans des activités sociales et écologiques et pas seulement au Brésil, mais partout où nous avons des activités minières. Par exemple, nous préservons au Brésil et dans le monde quelque 10 000 km2 de forêts, soit ¼ de la superficie de la Suisse. Il faut rajouter que l’exploitation des mines de fer ne participe que peu à la déforestation, puisque le sol contient trop de fer et seuls de petits arbustes peuvent vivre sur une telle zone. C’est le cas notamment pour notre mine géante de Carajas.

Quels sont les grands projets de Vale pour les prochains mois?
- Notre projet le plus récent, intitulé S11D, permettra à terme à la mine de Carajas d’atteindre une production de 230 millions de tonnes de minerai de fer par an. Elle emploiera deux procédés innovants développés en bonne partie en interne pour minimiser l’impact environnemental.

Nous allons d’une part remplacer l’utilisation de camions par un système sophistiqué de 37 kilomètres de tapis roulants pour transporter le minerai réduisant ainsi considérablement la consommation de carburant de 77%. Et d’autre part, nous allons éliminer l’utilisation de l’eau dans le traitement du minerai, ce qui représente une réduction de 93%. Enfin, nos nouveaux navires Valemax sont les plus grands transporteurs de minerai au monde. La capacité de transport de 400 000 tonnes et les nouvelles technologies utilisées permettent de réduire les émissions de carbone de 35% par tonne de minerai transporté. (24 heures)

Créé: 18.07.2013, 07h49

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