Pour autant, la recherche d'information et de renseignements se développe en Suisse. Certes, «la Suisse n'est clairement pas en avance dans ce domaine: les acteurs économiques n'ont pas encore intégré ces réflexes», analyse Stéphane Koch, spécialiste de l'intelligence et de la veille économique et vice-président de High-Tech Bridge.
Distinguer multinationales et sociétés suisses
Mais l'activité se développe depuis quelques années. Avec de grandes disparités. «Il faut distinguer les grands groupes internationaux implantés en Suisse et le tissu économique local: dans les entreprises internationales, la présence de cadres étrangers, anglo-saxons en particulier, qui ont l'habitude de ce genre de pratiques, fait évoluer les mentalités», précise Yannick Poivey, du cabinet One Intelligence.
Jusqu'à récemment, certains traits culturels suisses freinaient le développement de l'activité. «Il y a en Suisse une culture du secret qui pousse les dirigeants d'entreprises à privilégier les solutions internes plutôt que de faire appel aux spécialistes. Et quand ils osent sortir de ce cadre, ils préfèrent plutôt se tourner vers des sociétés suisses, avec les limites que ce réflexe peut avoir», note un responsable d'un cabinet international en gestion des risques, présent aussi sur la Suisse.
Taille critique et sous-traitance
Ces limites, ce sont celles de la taille critique, du réseau, et donc de la capacité à réunir avec efficacité l'information souhaitée. Une entreprise depuis longtemps sur le marché et ayant des antennes partout à travers le monde serait plus apte à récolter les renseignements souhaités via des sources, des consultants ou des sous-traitants fiables, éprouvés au fil du temps.
Avec toujours la volonté de limiter au maximum la sous-traitance: «Plus on sous-traite, plus on court le risque de perdre en fiabilité de l'information, ou de voir certains prestataires employer des moyens illégaux pour la récolter», avertit ce même manager.
La ligne rouge de l'illégalité
Or, l'illégalité pour collecter l'information, c'est la ligne rouge que les acteurs du secteur se refusent à franchir. En théorie. D'une part car certaines petites sociétés locales qui veulent à tout prix se faire une place n'hésitent pas à franchir cette ligne rouge pour gagner des marchés, relativise un autre spécialiste consulté à ce sujet.
Mais l'illégalité vient aussi parfois des clients. «Jamais des ordres de mission officiels émanant des entreprises. Mais parfois certains dirigeants, lors de pré-discussions, suggèrent, voire demandent, que nous allions au-delà de l'information accessible légalement, ce que nous déclinons immédiatement», reconnaît un expert actif en Europe depuis plus d’une dizaine d’années.
La réaction des spécialistes? Ils mesurent le risque encouru et le bénéfice à en retirer. Les grands cabinets affirment pouvoir refuser ces demandes, au nom de l'éthique ou des risques que cela leur ferait courir. «Même si les stratégies offensives d'intelligence économique flirtent parfois avec la ligne rouge, il ne faut jamais la franchir car cela mettrait sa société en danger», avertit Stéphane Koch.
Missions diverses et secteurs à fort potentiel
Comment ces spécialistes travaillent-ils alors? Nous recherchons l'information disponible publiquement, sur internet, dans les medias, dans les registres du commerce, et nous rencontrons des gens du secteur concerné pour avoir leur feedback, détaille Yannick Poivey.
Les missions peuvent être très diverses: portrait d'un nouveau marché, solvabilité d'une société avec laquelle le client serait prêt à entrer en litige judiciaire, informations sur le sérieux d'un intermédiaire dans le cadre d'un contrat, etc. L'intelligence économique recoupe donc des réalités très variées, ainsi que l'explique un spécialiste dans cette vidéo...
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En Suisse, de nombreux secteurs clefs de l'économie auraient donc tout intérêt à s'adjoindre les services de spécialistes: banques, assurances, entreprises pharmaceutiques ou chimiques, manufactures horlogères,...
La Suisse dans le 3e panier en Europe
Mais l'exemple ne vient pas du haut: «Des achats fédéraux d'hélicoptères ou d'avions de chasse ont ainsi été lancés sans qu'une vraie démarche d'intelligence ait été engagée. A ce titre, la crise que traverse actuellement le secteur bancaire est un exemple flagrant de l’attentisme helvétique… Dès lors, si au plus haut niveau le réflexe est absent, comment imaginer qu'il soit présent dans les entreprises?», regrette Stéphane Koch. Pourtant, les avantages sont nombreux, y compris pour les petites entreprises, comme expliqué dans cette vidéo...
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Ainsi, la Suisse a accumulé un retard conséquent. En Europe, on peut distinguer plusieurs niveaux de sensibilité à l'intelligence économique. «Au premier rang se situe le Royaume-Uni, qui a cette fibre dans la culture des entreprises.
Dans un deuxième chapeau se situent des marchés importants comme la France, l'Allemagne, l'Italie ou l'Espagne. La Suisse ne viendrait que dans un troisième panier», juge ce responsable d’un des plus importants cabinets internationaux du secteur.
Plusieurs affaires récentes et scandales pourraient faire réfléchir les acteurs économiques suisses. Le recours à des spécialistes qui avait déjà tendance à augmenter ces dernières années sous l'influence des multinationales présentes sur le sol suisse, pourrait croître très rapidement à l'avenir. Et le Service de renseignement de la Confédération a édité une brochure sur le domaine de la non-prolifération et de l’espionnage économique. (Newsnet)
Créé: 04.07.2013, 08h20
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