Pour faire face à cette situation et trouver des parades, les CFF et Swisscom (SCMN 419 0.58%) ont lancé une étude baptisée «WorkAnywhere». Dans ce cadre, 260 collaborateurs des deux entreprises ont travaillé régulièrement hors du cadre du bureau. Et la Haute Ecole spécialisée du Nord-Ouest de la Suisse (FHNW) a été chargée d'examiner les effets de ce mode de travail sur la performance, l'équilibre entre vie professionnelle et vie privée ainsi que sur le comportement d'équipe et de conduite.
260 collaborateurs ont testé la flexibilité horaire
Les résultats de cette expérimentation grandeur nature tendraient à démontrer que le temps de travail flexible et le télétravail ont un effet positif sur la productivité. Les indicateurs utilisés par les analystes présentent trois avantages majeurs: la satisfaction des collaborateurs plus satisfaits, une hausse de la qualité du travail accompli, et des trains moins chargés aux heures de pointe.
Entre début février et fin mars, les 260 employés des deux sociétés qui avaient accepté de servir de cobayes ont essayé d'éviter les heures de pointe pour leurs trajets domicile-travail, soit en modifiant leurs horaires de travail, soit en pratiquant le home office ou le travail pendant les trajets.
Au final, c'est près des deux tiers (66%) du temps de trajet qui ont pu être décalés hors des périodes traditionnellement les plus chargées. Ces déplacements hors heures de pointe n'ont pas eu d'impact sur la durée du temps de travail, celle-ci étant étalée sur les temps de trajet ou des plages de travail à domicile. Ainsi, la part des heures travaillées à la maison a augmenté de 14 à 21%.
Des horaires décalés, des réseaux allégés
Si tous les pendulaires qui empruntent le réseau CFF arrivaient à modifier 20% de leurs trajets hors des heures de pointe, les trains connaitraient une baisse de 7% de leur fréquentation durant ces plages horaires surchargées, selon la FHNW.
Interrogés au terme des deux mois, 53% des participants se sont dits plus motivés. Une estimation séparée réalisée par les supérieurs a en outre montré un effet positif sur la productivité. Les cadres des deux entreprises ont jugé que la confiance en leurs collaborateurs, la responsabilité individuelle et un équipement informatique moderne sont les principales conditions à réunir pour assurer la mise en place de telles formes de travail.
Un équipement adéquat pour travailler à distance
Au niveau de l'équipement justement, tous les participants étaient munis d’un ordinateur portable et 99% d’entre eux disposaient d’un smartphone; certains d’entre eux ont également eu recours à leurs appareils personnels.
«J’ai découvert qu’on pouvait traiter ses mails le matin, pendant deux heures chez soi au calme, puis prendre le train en dehors des heures de pointe. C’est clairement un avantage», témoigne un des salariés interrogés pour l'étude. Un de ses collègues se déclare satisfait du gain d'efficacité et de temps: «Vous arrivez au bureau en sachant que vous avez déjà fait quelque chose».
Une idée aussi émise en France
La clef de cette réussite? «Une réelle culture d'entreprise qui permet la mise en place de ce travail mobile et flexible», selon Hartmut Schulze, professeur à la FHNW et responsable de l'étude. Mais une fois celle-ci mise en place, c'est une situation «gagnant-gagnant» pour les entreprises et les collaborateurs, note-t-il.
L'idée d'inviter salariés et entreprises à décaler les horaires de travail n'est pas inédite. En France, les transports publics parisiens connaissent les mêmes problèmes de saturation aux heures de pointe en raison des pendulaires de banlieue.
Fin mars de cette année, la SNCF Transilien (branche de la régie ferroviaire en charge des transports sur rail en Île-de-France) a suggéré aux entreprises de décaler les horaires de travail de leurs employés.
La réaction méfiante du patronat français
«Il suffirait qu'une petite partie des voyageurs décale leur voyage de 15 à 30 minutes pour que la qualité de service s'améliore sensiblement», précisait alors Bénédicte Tilloy, patronne de la SNCF Transilien.
L'idée émise en France n'incluait toutefois pas le télétravail. D'où une réaction méfiante du patronat: «Il est hors de question que si le salarié arrive plus tard, il reparte à la même heure: il faut compenser. Si vous les retardez le soir, forcément vous écourtez la vie passée avec des familles», prévenait Jérôme Dubus, délégué général du Medef Ile-de-France.
Il faut reconnaître que la situation des transports en commun à Paris et en Île-de-France est particulièrement critique, avec des réseaux saturés sur de nombreuses lignes de métro, de RER et de trains de banlieue, comme c'est expliqué pour la ligne 13 du métro dans cette vidéo.
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Désormais, les CFF et Swisscom vont œuvrer de concert pour que la pratique du télétravail et des horaires décalés se développent. En espérant que l'exemple sera suivi par d'autres entreprises et que les réseaux ferrés soient ainsi allégés d'une partie du trafic aux heures de pointe.
Une hypothèse loin d'être déconnectée des réalités du monde du travail: selon le Baromètre suisse des relations humaines 2010, publié par l’Université de Zurich et l’EPFZ, jusqu’à 50% des salariés suisses pourraient organiser leur travail avec plus de souplesse, notamment concernant les contraintes temporelles et spatiales, et 66% souhaiteraient travailler de manière flexible. (Newsnet)
Créé: 04.07.2013, 15h49
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